La dictature des bas prix
© TVA Publications | Bruno Petrozza
C’est en 1997, lorsque j’ai acheté ma première maison, que j’ai reçu l’un des pires conseils qu’on puisse prodiguer à un propriétaire-bricoleur néophyte sur le point d’entamer son premier projet d’envergure. Mon conseiller d’alors, dont les cheveux gris et les mains calleuses m’apparaissaient comme une preuve d’expérience et de sagesse, m’avait suggéré d’acheter des pinceaux et des rouleaux bon marché, et de les jeter après usage. Sa théorie douteuse reposait sur l’idée saugrenue qu’il était plus rapide et plus facile de les jeter que de les nettoyer. À défaut d’arguments et d’expérience pour le contredire, je me suis lancé dans cette voie.
Évidemment, les résultats médiocres ont rapidement éveillé les soupçons du perfectionniste congénital que je suis. Pour avoir déjà peint au rouleau lorsque j’étais adolescent, j’avais encore le vague souvenir que le travail n’était pas aussi frustrant et pénible. Mes pinceaux bas de gamme se vidaient trop rapidement en laissant échapper de grosses coulisses de peinture, et tenter de découper en ligne droite sur plus de quelques pouces était mission impossible. Les rouleaux étaient encore pires. Non seulement les chevauchements étaient difficiles à dissimuler, mais la peinture s’étendait sans aucune uniformité et projetait des gouttelettes dans toutes les directions. En plus, le mur finissait couvert de poussières et charpies. Un véritable cauchemar! J’avais peut-être l’impression d’avoir économisé quelques dollars sur le coup, mais peindre ma maison devenait une corvée, sinon un véritable calvaire.

C’est seulement quelques années plus tard, à force de regarder des murs dont je ne serai jamais fier, que j’ai décidé de reprendre chacune des pièces de ma maison une à une avec minutie. J’ai alors acheté de la peinture de qualité, j’ai appris à nettoyer mes instruments de travail et je me suis procuré les meilleurs pinceaux et rouleaux du marché dans des magasins spécialisés en peinture. Le résultat? I-n-c-o-m-p-a-r-a-b-l-e!
La leçon que j’en tire me sert dorénavant tous les jours et se vérifie dans d’autres domaines que l’outillage. Au-delà du prix, qu’on souhaite évidemment toujours le plus bas possible, j’ai compris qu’il faut examiner l’achat dans sa globalité et dans la perspective d’une utilisation à long terme. Or, il ressort de cela que les produits les moins chers sont souvent les plus coûteux lorsqu’on exclut le prix de l’équation. Pensez aux imprimantes à jet d’encre pour vous en convaincre!
Saviez-vous qu’un pinceau de bonne qualité, qui est nettoyé correctement chaque fois, vous servira pour le restant de vos jours et vous donnera des résultats parfaits à chaque utilisation? Il est peut-être deux ou trois fois plus cher à l’achat, mais son coût relatif par utilisation diminue chaque fois que vous le trempez dans la peinture. De plus, en conservant votre pinceau longtemps, vous réduisez la consommation de ressources pour la fabrication d’un produit de qualité inférieure qui n’aura pour seule destination que le dépotoir. Enfin, en optant pour la qualité, on passe le message aux fabricants qu’ils doivent s’ingénier à fabriquer de meilleurs produits, et non à gagner la course aux plus bas prix en multipliant les compromis. Malheureusement, par nos choix de consommation, ce sont les produits de qualité qui écopent et la sélection de produits rétrécit d’autant.
Durant le congé des fêtes, j’ai donné les derniers coups de pinceau à mon plus récent projet de rénovation dont je suis bien fier. C’est par contre avec grand soin que j’ai nettoyé le seul pinceau qui a réussi à me rendre meilleur peintre et à me faire aimer un peu plus la corvée de la peinture, ce qui n’est pas peu dire. En effet, son fabricant a fait faillite il y a quelques années et ses produits sont désormais introuvables. Pour en savoir plus sur le choix d'un bon pinceau et la meilleure façon de l'entretenir, lisez l'article Finition: tout savoir sur les pinceaux.
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