Vous êtes ici

Tout sur la maison intergénérationnelle

© TVA Publications | Drew Hadley
|

Avec le vieillissement de la population qui s’accélère et le coût de l’immobilier à la hausse, de plus en plus de personnes optent pour la cohabitation intergénérationnelle. Aperçu d’une tendance émergente.

 

Sylvie Lapointe, son mari, Bill, et leurs deux enfants ont habité quelques années aux États-Unis. Au cours de cette période, Doris, la mère de Sylvie, qui réside à Québec, est souvent allée leur rendre visite. La famille est rentrée au pays il y a trois ans et a acquis une résidence en banlieue d’Ottawa. Doris continue d’aller fréquemment y passer du temps, entre autres pour aider la jeune famille à gérer le quotidien avec les enfants.

La septuagénaire a vite exprimé le souhait de se rapprocher de ses petits-enfants. Mais les coûts prohibitifs de l’immobilier dans le secteur de la capitale et les loyers exigés par les résidences pour personnes âgées l’ont un peu découragée. C’est alors que le mari de Sylvie a proposé de rénover leur grand garage pour y aménager un appartement pour elle.

«Nous avions le désir de nous rapprocher, raconte Sylvie, et nous voulions que les enfants profitent de la présence de leur grand-mère. Quand elle est à la maison et que nous sommes absents, j’ai l’esprit tranquille.» Après avoir effectué les démarches pour faire accepter les plans auprès de la municipalité, le projet s’est mis en branle. Doris a mis son condo de Québec en vente, et elle prévoit emménager chez sa fille cet automne.

De plus en plus de familles prennent une décision similaire à celle de Sylvie et Bill. Le fait d’habiter sous le même toit procure des avantages nombreux à chacun, dont celui de passer du temps de qualité ensemble.

 

© Brigitte Thériault

 

 

UNE POPULATION VIEILLISSANTE

Le vieillissement de la population s’accélère sans cesse; d’ici 15 ans, 25 % des Québécois auront plus de 65 ans. Le nombre de ménages dirigés par une personne de 75 ans et plus doublera au cours des 20 prochaines années. Dans ce contexte, la tendance des ventes de maison multigénérationnelle est à la hausse de manière assez progressive, surtout dans les banlieues, selon les données recueillies auprès de la Fédération des chambres immobilières du Québec.

Outre les jeunes familles qui accueillent des parents vieillissants, on trouve, dans une moindre mesure, des couples qui aménagent un appartement pour un enfant jeune adulte ou pour un proche souffrant d’un handicap, explique Nathalie Bégin, présidente du conseil d’administration et porte-parole de l’Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec.

 

RÈGLEMENT DE ZONAGE

La maison intergénérationnelle dans sa forme actuelle est apparue il y a une dizaine d’années. Elle constitue une solution de rechange aux résidences pour personnes âgées et permet le partage des coûts d’hypothèque. Mais les municipalités montrent une certaine résistance, comme l’explique Yves Carignan, de Dessins Drummond: «Il est souvent difficile de mener un projet à terme en raison des règlements des villes. Le multigénérationnel est souvent considéré comme un multilogement, car une fois que la première famille l’aura utilisé, un autre acheteur peut vouloir s’en servir comme duplex, en effectuant quelques modifications.»

En 1998, la Loi de l’aménagement et de l’urbanisme a été modifiée pour permettre aux municipalités d’accorder des permis pour la construction de maisons intergénérationnelles ou pour l’ajout de logements supplémentaires aux maisons unifamiliales.

 

© Drew Hadley

 

 

CARACTÉRISTIQUES DE L’INTERGÉNÉRATIONNEL

Une maison intergénérationnelle comporte un espace principal assorti d’un deuxième logement. Ce dernier comprend au minimum une cuisine, une salle de bains, une chambre et un petit salon. Ce logement ne pourra être occupé que par une personne ayant un lien familial avec le propriétaire.

On ne doit pas y trouver d’adresse séparée ni de compteur d’Hydro-Québec distinct. Enfin, la porte communicante est une caractéristique essentielle, selon Nathalie Bégin: «Le logement intergénérationnel apparaît généralement sous forme d’annexe sur le côté de la maison, mais c’est aussi parfois un étage ajouté à la propriété ou un sous-sol converti.»

 

AVANTAGES

Au-delà des considérations économiques, la maison intergénérationnelle permet d’approfondir les relations entre les générations. Nombreux sont les familles et les aînés qui désirent vivre à proximité les uns des autres, sans toutefois partager le même espace résidentiel. Les membres de la famille peuvent s’entraider financièrement et se rendre mutuellement service: gardiennage d’enfant, surveillance de la résidence lorsque les aînés passent l’hiver en Floride, promenades du chien, etc.

 

RÉUSSIR LA COHABITATION

La vie dans une maison intergénérationnelle comporte des défis, au même titre que la vie en colocation. On peut avoir peur de perdre son intimité. Pour éviter les conflits entre parents et enfants, il est important de discuter des divers aspects de la cohabitation avant de se décider: partage de tâches et des frais, bruit, horaire, etc.

Pour simplifier les choses en cas de séparation ou de décès, il est préférable de limiter le nombre de signataires sur la promesse d’achat ou l’acte de vente, recommandent tous les experts.

 

DESIGN ADAPTÉ

Yves Carignan conseille de porter une attention particulière à l’isolation acoustique de la maison, afin de réduire les irritants. Il suggère d’opter pour une résidence d’un seul niveau et de donner priorité à la sécurité des aînés. Par exemple, les espaces de circulation doivent assez larges pour être adaptés en cas de perte d’autonomie de l’occupant.

 

RESPECT DE LA LOI

Lorsqu’on envisage d’acheter une maison intergénérationnelle ou de transformer une maison unifamiliale pour accueillir un membre de la famille, il est primordial de vérifier auprès de sa municipalité si ce type d’habitation est légal et de connaître les restrictions existantes, indique Nathalie Bégin. On préfère faire construire? La Société d’habitation du Québec (SHQ) ou encore le site soumissionrenovation.ca peut nous orienter vers des entrepreneurs qualifiés.

«L’apparence d’une maison unifamiliale conventionnelle doit être conservée, afin que la demeure ne détonne pas dans un quartier résidentiel et soit intéressante pour la revente», rappelle Yves Carignan.

 

AIDE GOUVERNEMENTALE

Il n’y a pas de crédit d’impôt pour la construction d’une maison intergénérationnelle, mais il existe différents crédits pour rénover sa résidence, afin d’y accueillir ses parents. Revenu Québec offre également un crédit d’impôt remboursable aux personnes âgées de 70 ans (ou 60 ans dans le cas d’une personne handicapée) et plus pour leur maintien à domicile.

 

© Yves Lefebvre

 

 

|