Vous êtes ici

Restaurant O.Noir: Déstabilisant

Je n’aime pas les restaurants concept. L’idée de devoir trouver qui a tué Madame Leblanc avec le chandelier ou de me faire divertir par un troubadour alors que je déguste mon entrée m’horripile.

Alors quand Manue m’a informé que nous allions au restaurant O.Noir pour son souper d’anniversaire, j’étais très réticente.

Claire : « T’es certaine de vouloir aller là? »

Manue : « Oh oui, ça va être toute une expérience! »

Claire : « Ah… OK, c’est ta fête après tout… »

Misère.

Le concept de ce restaurant : sensibiliser la population voyante à l’univers des non-voyants en l’invitant à partager un bon repas entre amis… dans la noirceur la plus totale! 

Claire : « On voit un peu quand même, non? »

Manue : « Non, tu ne vois rien. Zéro pis une barre. Si tu veux aller aux toilettes, tu demandes l’aide de ton serveur. »

Double misère.

Nous nous regroupons dans l’entrée du restaurant, où l’éclairage est bienveillant. À cet endroit, on y dépose tous nos effets personnels dans un casier à cadenas, en prenant soin d’y mettre également tout objet qui peut émettre de la lumière : cellulaire, montre, briquet, etc. (Vous comprendrez pourquoi mon billet n’est pas très imagé!)

Nous profitons de ce rassurant moment de faible clarté pour regarder le menu et passer notre commande. Les choix sont alléchants : filet mignon, calmars, aubergines rôties… Je choisis de vivre l’expérience à fond, et j’opte pour le menu-surprise. 

Notre serveur se présente et nous demande de se mettre à la queue leu leu, la main gauche sur l’épaule gauche de la personne devant nous, et de le suivre. Nous entrons ensuite dans le restaurant, où il fait vraiment noir. Vraiment.

Mon petit côté parano se met à faire des siennes. Je perds carrément la notion de l’espace et des distances, et je me mets à capoter un peu. Il nous dirige doucement à notre table, m’indique où se situe ma chaise et je m’assois. Petit répit pour mon petit cœur : une fois assise, c’est moins pire.

Dans les minutes qui suivent, je tente de reconstruire l’espace, en tapotant tout autour de moi. OK, la table est rectangulaire (je l’imaginais ronde), mon verre d’eau est à droite, l’assiette à pain en face, mon verre de vin à gauche…

Et là me viennent des tonnes de questions : comment vais-je faire pour couper ma nourriture? Comment vais-je faire pour savoir qu’il reste encore de la bouffe dans mon assiette? Vais-je facilement deviner ce que je mange? Allons-nous nous salir, renverser notre verre de vin? Mais surtout : comment font les serveurs pour nous servir, pour se déplacer dans l’espace, pour déposer l’assiette à la bonne place, devant nous, sans faire tomber les verres?

La soirée s’est bien déroulée, sans gâchis. J’ai par contre mangé le pain de Nathalie, assise devant moi, croyant que c’était le mien. Manue a pour sa part bu dans le verre de Sylvie. Et j’ai flatté les cheveux d’un parfait inconnu en tentant de savoir si la table derrière nous était proche de la nôtre. 

Pour la nourriture, c’était bon. Je constate que sans la vue, nos sens sont déstabilisés, nos goûts mélangés. J’ai eu beaucoup de difficulté à deviner ce que je mangeais… Et je vous confirme que nos doigts sont de précieux outils pour manger sans nos yeux!

La salle, qui contient 85 places, devient rapidement cacophonique. Ne croyez pas passer une petite soirée tranquille! Probablement qu’en l’absence d’expression faciale, on compense en parlant plus fort!

Somme tout, je suis contente d’avoir vécu l’expérience. Et j’y retournerai peut-être, avec un petit sourire sadique, pour faire subir l’expérience à un ami, idéalement claustrophobe!

O.Noir est situé sur Ste-Catherine Ouest, près du métro Guy-Concordia. Une partie de leurs profits est versée à des associations locales soutenant les non-voyants. Pour plus d’info, consultez leur site Web.

|


Les Blogueurs