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Les hernies discales démystifiées

Les hernies discales démystifiées

Dr Jean Sébastien Labelle 25 Octobre 2014

Saviez-vous que les hernies discales sont fréquemment rencontrées en médecine vétérinaire? Effectivement, ce type de problème est souvent diagnostiqué chez les chiens et occasionnellement chez les chats.

Par définition, l’hernie discale est une protusion d’une portion du disque intervertébral qui fera une pression sur la moelle épinière et ses racines nerveuses. Cette pression peut être directement causée par le matériel hernié ou par l’inflammation créée par l’hernie. Selon la compression créée sur la moelle épinière, les premiers symptômes à apparaitre varieront. Il pourra s’agir : d’une douleur au dos se traduisant par des tremblements, d’une démarche lente, d’une hésitation à faire ses besoins, d’une douleur lorsqu’on tente de le prendre ou d’une posture avec le dos courbé. Lorsque la compression est plus sévère, une faiblesse des membres postérieurs (parésie), une démarche ataxique (le chien croise ses pattes en marchant et semble perdre l’équilibre) ou une perte de sensation peuvent éventuellement survenir. Cela peut même mener à la paralysie.

Les petites races comme les teckels, shi tzus et caniches miniatures sont particulièrement à risque de développer des hernies aiguës, tandis que les plus grandes races sont sujettes à souffrir d’hernies qui évolueront sur une plus longue période. Chez les petites races, le noyau pulpeux, contenu dans le disque intervertébral aura tendance à « exploser » (souvent suite à un faux mouvement ou un saut) et comprimer la moelle épinière. Ces petits chiens sont donc souvent vus en urgence, présentant des symptômes ayant commencé subitement.  Chez les grandes races, c’est une protusion graduelle de l’anneau fibreux qui causera la pression sur la moelle épinière. Les signes seront donc plus progressifs et s’intensifieront avec le temps. Il est toutefois important de noter qu’il est possible qu’un chien de grande race ait une hernie discale aiguë et qu’un petit animal ait une détérioration progressive.

Pour établir le diagnostic, votre vétérinaire se basera d’abord sur l’historique de votre animal puis sur une palpation minutieuse de son dos. Si une douleur est identifiée à la palpation de la colonne, celle-ci doit être reproduite une seconde fois car plusieurs chiens deviennent hyper-réactifs et réagissent peu importe l’endroit où ils sont touchés. La radiographie  standard sera la prochaine étape pour confirmer le diagnostic. Étant donné que le disque intervertébral et le matériel hernié ne sont pas visibles sur une radiographie, seuls des indices suggérant l’hernie seront visibles sur la radiographie standard. Cette dernière sera surtout utile pour exclure une autre condition telle qu’une fracture vertébrale ou même une masse cancéreuse. Une myélographie (radiographie avec milieu de contraste autour de la moelle épinière) ou un scan confirmeront s’il y a présence d’hernie et fourniront plusieurs informations nécessaires pour le chirurgien si une opération est envisagée.

Radiographie montrant une colonne de chien

 

Pour compléter son examen, une évaluation des fonctions neurologiques sera effectuée afin de préciser la sévérité de l’hernie. Votre vétérinaire évaluera également la capacité d’uriner et de déféquer de votre animal car ces fonctions sont souvent compromises. Si c’est le cas, il est parfois nécessaire d’avoir à vider la vessie ou le rectum d’un chien paralysé. D’autres chiens développeront plutôt un problème d’incontinence.

Les traitements d’hernie discale seront déterminés selon la sévérité des symptômes. Les chiens ayant seulement une douleur au dos, sans déficit neurologiques et une bonne fonction motrice pourront être traités avec des anti-inflammatoires et du repos strict pour 2 à 4 semaines. Le repos en cage, pour éviter toute possibilité de saut, course ou mouvement brusque, sera essentiel pour permettre une guérison adéquate. L’usage d’analgésiques doit être fait avec discernement afin de rendre l’animal le plus confortable possible sans toutefois créer d’effets pervers. Un chien trop confortable aura tendance à s’exciter et risquer une récidive.

L’animal montrant des signes de troubles neurologiques (ataxie, paralysie partielle ou complète) ou une faiblesse musculaire devrait être opéré pour améliorer les chances d’un retour à la normale. L’objectif de la chirurgie est de retirer le plus rapidement possible le matériel hernié causant la compression sur le système nerveux afin d’éviter des séquelles permanentes. Si la paralysie est complète et que l’animal a perdu la sensation de ses membres, il s’agit d’une urgence chirurgicale. Un délai maximal de 48 heures sera déterminant pour assurer un pronostic favorable. Malheureusement, il est possible que l’animal demeure paralysé de façon permanente même si ce délai a été respecté.

Le temps nécessaire à un retour à la normale des fonctions motrices est variable d’un cas à l’autre. Plusieurs semaines peuvent parfois être nécessaires. Il ne faut donc pas se décourager et poursuivre les traitements de confort.

Pour les chiens paralysés des membres postérieurs, il existe des chaises roulantes adaptées pour chiens. Des traitements de physiothérapie sont aussi disponibles, notamment de la marche sur tapis roulant submersible. Le niveau d’eau dans le bassin est ajusté pour soutenir le poids du chien et lui permettre de marcher sur le tapis. On peut ensuite diminuer progressivement le niveau d’eau pour que le chien ait à supporter plus de poids. Des programmes de physiothérapie complets peuvent être élaborés pour les besoins de votre animal afin de favoriser un retour à la normale ou d’optimiser ses capacités réduites dans son environnement.  

Si votre chien reçoit ce diagnostic, ne vous en faites pas. Il est tout à fait possible de vivre avec un chien à mobilité réduite et de préserver une bonne qualité de vie.

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