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Humeur

Le coureur des bois

Le coureur des bois

Audrey Lemarbre 22 Décembre 2014

Pour finir 2014 en beauté, voici une de mes histoires «coup de cœur», une de ces histoires qui vous va droit au cœur et qui vous font dire «Non, non, je ne pleure pas, j’ai juste une poussière dans l’œil.»

Le coureur des bois

Nous avons tous entendu des histoires racontant la fugue du chien d’un ami ou d’un collègue. Aujourd’hui, nous vous racontons l’histoire de Ti-Loup, qui aura appris sa leçon une fois pour toutes!

Par Clotilde Seille

Je suis un chien d’un an et demi. Les humains disent que je suis un husky et que je réponds au nom de Ti-Loup. Mais c’est faux! Je ne réponds pas. Ni à ce nom, ni à aucun autre. Quand un homme m’appelle, je ne me retourne même pas. J’entends, je sais qu’on veut me voir, mais je fais semblant de ne pas comprendre. J’aime bien les humains, mais je préfère la solitude. Mon bonheur consiste à courir, chasser, musarder sur cette terre immense au sol riche de parfums et de rencontres de toutes sortes. Bien que j’appelle ça des aventures, les hommes préfèrent utiliser le mot «fugue». Ce matin-là, ce ne sont pas les gros flocons de février qui allaient m’empêcher de prendre la poudre d’escampette, une fois de plus.

Papa

Je m’appelle Daniel, et je suis le «père» de Ti-Loup. Ce matin-là, ce ne sont pas les gros flocons de février qui allaient nous empêcher de faire notre promenade quotidienne, les chiens, ma blonde et moi. Notre terrain de 114 acres, où s’ébattent aussi une quinzaine de chats et quatre chevaux, est l’endroit idéal pour se balader. Une heure plus tard, étourdis par le grand air, nous sommes de retour à la maison. Soudain, j’entends ma compagne appeler Ti-Loup. Je me joins à la meute qui, chaque fois qu’il s’agit de retrouver un des siens, vient prêter main-forte aux hommes. Tout le monde cherche, mais en vain. Ti-Loup vient, une fois de plus, confirmer son statut de coureur des bois.

Maman

Je m’appelle Ginette, et je suis la «mère» de Ti-Loup. Ce jour-là, ce ne sont pas les gros flocons de février qui nous empêchent de mettre toute notre énergie à chercher notre fugueur. Je suis inquiète. Cela fait trois fois que nous rentrons bredouilles, trempés et de plus en plus épuisés. Le froid a raison de mon courage, et je décide de rester à la maison. Daniel enfile cette fois ses skis de fond et repart à la recherche de Ti-Loup. Appeler notre fugueur? C’est peine perdue, il ne répondra pas. Il ne répond jamais. Ti-Loup est comme ça, c’est sa personnalité. Alors qu’il commence à faire «brun», comme on dit dans les Bois-Francs, mon voisin vient cogner à ma porte et me fait part d’un mauvais pressentiment qui l’assaille depuis qu’il sait que nous cherchons Ti-Loup. Pour abriter la nouvelle pompe de son érablière, il a construit une cabane où les coyotes ne sont pas les bienvenus. Ce qui explique sa décision d’installer un piège en guise de porte. Et si...

L’image est intolérable, surtout en sachant qu’un coyote préfère se gruger la patte que de rester pris au piège. En quelques secondes, je suis prête à partir. Mais nul besoin d’aller bien loin, car j’aperçois, en haut de la côte, Daniel qui avait abandonné ses bâtons de ski et qui tenait Ti-Loup dans ses bras. Tout doucement, cette étrange sculpture givrée, dont on ne distinguait ni la peau ni les poils, glissait vers la maison. L’intuition du voisin était donc la bonne. Évidemment, Ti-Loup avait voulu visiter la cabane de l’érablière sans porte... Les mains gelées, Daniel a réussi à ouvrir les mâchoires de fer qui retenaient Ti-Loup prisonnier et dont il est sorti, épuisé mais indemne.

Une leçon de vie

Ti-Loup aura perdu, dans cette aventure, non seulement quelques touffes de poils, mais aussi son goût pour la liberté. En effet, cet hiver-là et jusqu’au retour des beaux jours, Ti-Loup a dormi sur les bottes de ski de fond que mon Daniel, l’incroyable et extraordinaire homme des neiges, avait chaussées en cette journée de fugue en sol majeur.

 

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