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Humeur

À la mémoire d’Espresso

À la mémoire d’Espresso

Audrey Lemarbre 17 Février 2014

On ne le dira jamais assez, un animal de compagnie est un membre à part entière de la famille. Tout petit, quand il arrive, nous lui apprenons la propreté, faisons son éducation, veillons à sa santé et à son développement. Peu à peu, il s’infiltre dans notre routine, dans nos activités, dans nos vacances, dans notre cœur. Bientôt, nous n’imaginons plus la vie sans lui, il fait complètement parti de notre vie! Il voit nos enfants grandir, déménage avec nous dans la nouvelle maison, nous réconforte quand une relation se termine et nous pardonne quand on fait une grosse bêtise. Puis son museau devient gris, ses mouvements sont plus difficiles, son énergie diminue. Il est toujours aussi heureux de nous voir, mais sa queue frétille plus lentement, ses oreilles sont moins hautes, son regard est moins clair. Un beau matin, surpris, on réalise que notre compagnon a vieilli. Pouf! comme ça ! Peu de temps après, il est l’heure de lui dire au revoir, il a vécu une belle vie de chien ou de chat, il peut maintenant aller se reposer.

Nous savons tous au moment d’adopter un animal qu’il ne nous survivra pas, qu’il faudra le laisser partir un jour ou l’autre; ça ne veut pas dire pour autant que ce soit facile. Quiconque a déjà perdu un compagnon cher à son cœur vous le dira; c’est un deuil comme les autres. C’est long et difficile, et même si le temps adoucit la peine, les souvenirs, eux, restent pour toujours.

Jean-François et Danielle le savent bien. Malgré l’arrivée récente du beau Bianco dans leur vie, ils n’oublieront jamais leur Espresso, cette grosse boule de poil noire à la houppette rousse qui a fait partie de leur vie pendant 15 ans.

À la mémoire d’Espresso
1999-2011

Par Louise Moreau

Cette histoire débute par un beau jour de l’automne 1999. Je jette un premier regard sur une petite boule noire, assise calmement dans une cage de l’animalerie. Je sais tout de suite que le courant passe entre ce petit chien et moi. Danielle, ma femme, l’a déjà vu et est littéralement tombée amoureuse de ce chiot. Pas surprenant: alors que ses voisins dans les autres cages font du tapage en aboyant de toutes leurs forces, lui se tient bien droit, magnifique et allumé, avec un regard vif à transpercer le cœur. Ce chiot de neuf semaines a tant d’assurance! Je m’approche donc de lui, et il me regarde droit dans les yeux. Je craque!

Danielle et moi revenons à la maison avec cette belle petite boule de poils. Première mission? Trouver un nom à ce nouveau membre de la famille. La petite touffe rouquine sur sa tête, qui contraste avec sa fourrure noire, interpelle tout de suite l’amateur de café espresso que je suis. C’est convenu: «Espresso» va lui aller à merveille.

Un être attachant

Espresso est issu du croisement entre un terre-neuve et une autre grande race inconnue. Il grandit rapidement et devient un beau grand colosse de 110 lb. S’il en impose par sa stature, il possède un tempérament doux et se montre enjôleur, surtout auprès de la gent féminine. Aucune femme ne lui résiste! Conscient de sa taille durant ses visites au parc canin, il fait preuve d’un instinct protecteur remarquable envers les petits chiens effrayés par les plus gros toutous. Dans mon voisinage, tout le monde le connaît et prend de ses nouvelles chaque jour. Les enfants l’adorent! Quant à lui et moi, un lien indescriptible nous unit. C’est le compagnon de mes promenades matinales. En effet, tous les matins, à 6 h pile, il manifeste son empressement à sortir. Il ne manque aucun matin! Infatigable et visiblement heureux de se promener longuement sans laisse, il est irréprochable: il ne s’éloigne pas d’une semelle! Il me fait totalement confiance, et je lui fais aussi totalement confiance. Nous nous comprenons sans même nous «parler».

Espresso nous accompagne partout; il endure même de longs voyages en auto sans broncher. À l’époque, les harnais pour chiens n’étaient pas courants, alors il voyageait debout, sur la banquette arrière, la tête dépassant par la fenêtre d’un côté et la queue de l’autre! On ne compte plus les heures de plaisir à se promener, à courir, à se baigner et à faire du pédalo avec lui, lorsque nous sommes au chalet que nous louons depuis de nombreuses années.

La maladie prend le dessus

Vers l’âge de 11 ans, ma femme et moi constatons qu’Espresso prend un coup de vieux. Il marche de moins en moins vite et ne court plus.

D’ailleurs, les promenades l’intéressent de moins en moins. Lui qui adore les balades en auto a maintenant de la difficulté à embarquer dans la voiture. Il ne monte plus dans notre lit pour se faire cajoler, car ses articulations sont douloureuses. Il se résigne à rester au pied du lit. Il se lève avec difficulté et réussit avec peine à déplacer son grand corps massif, même s’il a perdu énormément de poids. Mon grand colosse se fatigue de plus en plus, bien qu’il ne s’en plaigne jamais. On répond donc le plus possible à ses besoins, essayant de lui rendre la vie facile. Un beau matin du mois de juillet, alors que je l’aide, comme d’habitude, à monter dans la voiture, il hurle de douleur. Pris de panique, je prends rapidement rendez-vous avec mon vétérinaire, qui lui fait passer une radiographie. Diagnostic? Espresso a une tumeur osseuse sur une patte arrière. Danielle et moi sommes sous le choc... Après mûre réflexion, nous décidons de ne pas le faire souffrir davantage et nous refusons tout traitement. Nous optons pour l’euthanasie, un choix déchirant mais pour le bien de notre compagnon. Alors que nous en discutons en sa présence, Espresso nous regarde avec insistance, comme s’il nous disait: «Vous avez enfin compris!»

Un au revoir bouleversant

Le jour du 7 juillet 2011 restera gravé dans notre mémoire pour toujours. Espresso est très calme. On aurait dit qu’il savait qu’il était rendu à la fin de sa vie et qu’il l’acceptait. Arrivés à la clinique, nous l’enveloppons dans sa couverture préférée. Le vétérinaire lui donne une première injection, et Espresso n’a aucun soubresaut. Nous lui parlons tout doucement... puis vient la seconde injection. Le voir aussi serein me console: on dirait qu’il dort paisiblement. Il est enfin libéré de ses douleurs...

Je rentre chez moi et je vois défiler toutes ces belles années qu’il a passées parmi nous. Je le revois sauter et courir dans les vagues, en Gaspésie, libre comme l’air et si heureux! Pour mieux vivre notre deuil, au cours des semaines suivantes, nous nous rappelons les moments marquants passés à trois. La chanson J’aime un chien, de Louise Forestier, est d’un grand réconfort pour Danielle.

Dix jours après avoir fait incinérer Espresso, nous allons déposer ses cendres dans «sa forêt», celle qui surplombe le lac, près du chalet et du lac où il a tant nagé. Nous savons qu’il sera heureux là-bas. On trouve sur son urne l’inscription: «À notre grand garçon, “la troisième personne du singulier”, qui repose ici, en paix. Nous reviendrons te visiter. Salut!»

Tel que nous l’avons promis à Espresso, nous revenons souvent pour lui rendre visite. Le silence de la forêt et les mots doux que nous lui chuchotons mettent un baume sur notre chagrin. Au revoir, cher ami.

Jean-François

Si à l’instar de Jean-François vous voulez partager votre histoire d’amour avec nous, n’hésitez pas à m’écrire en cliquant ICI. Peut-être sera-t-elle la prochaine à être publiée sur le web, ou peut-être verrez-vous la belle bouille de votre petit compagnon dans le prochain numéro de Magazine Animal!

Crédit photos: Jean-François Lacerte

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